Mindset et entrepreneuriat féminin : le business qui exploite le syndrome de l’imposteur

Mindset et entrepreneuriat féminin : le business qui exploite le syndrome de l’imposteur

Quand on tape mindset entrepreneur sur Instagram, on tombe presque exclusivement sur des contenus créés par des femmes pour des femmes. Et ce n’est pas un hasard. On a l’impression que l’entrepreneuriat, dans sa version “soft” et motivante, est devenu un territoire très féminin, ou plutôt un territoire marketé vers nous.

Ce qui est frappant, c’est la différence de narration selon qui on vise. Aux hommes, on parle business, stratégie, chiffres, croissance et conquête de marché. À nous, on parle confiance en soi, légitimité, énergie, intuition et mindset. Comme si nous devions d’abord être “réparées” intérieurement avant d’oser passer à l’action. Et c’est là que le syndrome de l’imposteur vient se glisser dans le tableau.

Parce qu’on le sait, nous avons été socialisées à douter davantage, à prendre moins de risques, à attendre d’être prêtes ou légitimes avant de nous lancer. Ce n’est pas que nous en souffrons plus par nature, mais qu’on nous renvoie ce message depuis longtemps. Du coup, le marché du coaching mindset trouve chez nous un terrain fertile. Une audience qui hésite, qui cherche sa place, qui veut se sentir autorisée à entreprendre.

Et je précise tout de suite qu’il m’arrive moi-même de partager des citations motivantes. J’y crois aussi, parce qu’un message bien choisi peut encourager, réveiller une envie ou remettre quelqu’un en mouvement. Le mindset n’est pas l’ennemi.

Le problème, c’est quand ce discours glisse vers le "tout vient de notre état d'esprit". Quand on nous vend l’idée que tout se joue dans la tête. Que si nous ne réussissons pas, ce n’est pas parce que notre business model est bancal, que le marché est saturé ou que nos conditions matérielles ne sont pas réunies. Non. Ce serait parce que nous ne croyons pas assez en nous, que nous bloquons notre propre potentiel, que nous “nous auto-sabotons”. Autrement dit, si ça rate, c’est notre faute.

Et là, on touche au cœur du problème. En transformant la réussite entrepreneuriale en affaire purement mentale, on ouvre la porte à un marché sans fin. Si ça ne marche pas, il suffit de payer un nouveau programme, un nouveau coaching, un nouveau reboost. Le système se nourrit de nos doutes autant que de nos succès. C’est presque un business model circulaire basé sur la culpabilité.

Peut-être qu’il est temps de remettre un peu d’équilibre dans le discours. Oui, le mindset peut aider : il soutient, il motive, il inspire. Mais il ne remplace ni les compétences, ni la stratégie, ni l’analyse du marché, ni les réalités sociales très concrètes que nous affrontons. Et si le mindset était finalement devenu le nouveau régime miracle ? Une promesse séduisante, mais qui détourne parfois l’attention de tout ce qui compte vraiment.